Du 8 au 11 avril 2021
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La vi(ll)e sans voiture est-elle possible ? – Part. 2/4

Épisode n°1 : bannir la voiture (ou “la théorie du moins”)

Environ 85 couronnes (soit près de 9€), au prix fort et sans abonnement, c’est ce qui en coûtera à un Osloïte qui souhaite aller, à 9 heures du matin, de Visperud, à 14 km au Nord-Est de la ville jusqu’au quartier de l’Opéra au centre, au volant d’un véhicule thermique. Le péage urbain d’Oslo est clairement dissuasif. Son prix évolue en fonction du type de motorisation (le diesel étant largement plus touché qu’un véhicule hybride ou électrique), du poids du véhicule et de l’heure du déplacement. Et n’espérez pas une ristourne, la tendance est plutôt à la hausse depuis la mise en place du dispositif (un planificateur permet de calculer l’évolution des prix). Et sur le terrain, cela semble efficace : nous avons observé une diminution très importante du nombre de véhicules en circulation au fur et à mesure que nous nous rapprochions du centre et que l’on progressait dans les différents rings (anneaux).

Un vrai plan dédié à l’espace public

Néanmoins, pour beaucoup, le péage urbain est aussi un dispositif discutable, notamment parce que les conducteurs les plus aisés peuvent se rendre au centre-ville, simplement en payant. Voilà pourquoi, la municipalité d’Oslo a souhaité aller plus loin et a décidé de supprimer totalement l’accès à certaines zones du centre-ville aux voitures. C’est le vaste projet appelé “car free livability programme”. L’idée est simple : en interdisant l’accès aux véhicules privés et en supprimant toutes les places de parking (plus de 700 au total), la municipalité a fait le choix de pacifier le centre afin de pouvoir développer des pistes cyclables élargies, des terrasses, des espaces verts, des jeux, des chaises ou encore des bancs. Des bancs… Dont Terje Elvsaas, Communication Advisor à la Mairie, nous expliquera l’importance stratégique au sein du programme : “Oslo était réputée pour avoir d’excellents cafés, mais pas la possibilité de s’asseoir dehors et profiter de l’espace public !”.

Quelques éléments de mobiliers urbains mis en place par la mairie d’Oslo. Dans la politique de piétonisation du centre-ville, ces éléments permettent aux Osloïtes de pleinement profiter de l’espace sans voitures. On y retrouve même des bornes de réparation pour vélo !

Après la théorie, les adaptations nécessaires

Mais alors, une question nous brûle les lèvres. Cette transformation a-t-elle eut son lot de détracteurs ? La réponse est oui. Sur le front des péages urbains, le conseil municipal compte quatre membres de l’opposition d’un parti bien particulier, baptisé tout bonnement “the people’s movement against toll roads”… Coté “zone sans voiture”, la municipalité s’est heurtée à des commerçants du centre-ville peu favorables à sa démarche et qui ont su rapidement faire monter la sauce sur les réseaux sociaux ! Mais la mairesse et ses équipes ont su se montrer à l’écoute : ils ont assoupli une partie de leur programme, en maintenant de manière provisoire quelques rues mixtes (même si la place de la voiture a été fortement réduite). Ils ont également accordé plus de flexibilité en ce qui concerne les livraisons, sujet particulièrement sensible chez les commerçants.

La place Christiana Torv interdite aux véhicules de tourisme.

Un coup d’essai concluant

Et sur le terrain, juste après la fin du premier mandat, quelles ont été nos impressions ? Plusieurs sentiments se mélangent. Le premier, vraiment notable, c’est le calme qui règne en traversant une bonne partie de la “free car zone”… un vrai luxe en hypercentre. Le second est plus curieux : une impression de vide, notamment après 16 heures. Terje Elvsaas nous expliquera qu’en réalité, c’est surtout parce que la première zone traitée dans le cadre du plan est une zone de bureaux, certes traversée par près de 100 000 personnes au quotidien (surtout dans la partie ouest) mais habitée par seulement 1 000 habitants. Certaines mauvaises langues diront “facile d’aménager une telle zone” ! Qu’à cela ne tienne, le plan n’est pas prêt de s’arrêter et la zone délimitée par la mairie va bien au-delà des 1,3 km2 des premières rues aménagées. Le premier mandat a été l’occasion pour la municipalité de tester différents concepts mais désormais, en ce début de second mandat, l’équipe municipale veut enfoncer le clou ! Enfoncer le clou, cela signifie étendre la zone sans voiture bien sûr, mais aussi améliorer les connexions entre les quartiers, notamment via des pistes cyclables et améliorer la pratique des espaces publics… Notamment pour les enfants, les familles et les séniors. Pour leur donner plus de vie en quelque sorte ! Les travaux massifs aperçus un peu partout dans la ville ne sont donc pas prêts de s’arrêter : une dynamique est bel et bien en marche !

La conséquence d’une piétonnisation active du centre-ville : les rues paraissent désertes !

Julien de Labaca
Crédits photos / vidéos : Julien de Labaca, le “Facilitateur de Mobilité”

Découvrez l’épisode 2 de notre exploration des nouvelles mobilités à Oslo : L’électrification massive (ou la théorie du mieux)